Les livres publiés

La place

Annie Ernaux

Editions Gallimard

Le mot « prof » lui déplaisait, ou « dirlo », même « bouquin ». Et toujours la peur OU PEUT-ÊTRE LE DÉSIR que je n'y arrive pas.

- Annie Ernaux, "La place" -

POURQUOI CHOISIR CE LIVRE ?

  • Parce que quand un livre débute sur la scène qui raconte la mort du propre père de l'auteure... soit on s'effondre en larmes et on ne le supporte pas, soit on s'effondre en larmes et on dévore la suite d'une traite. Mais on ne peut pas rester indifférent.
  • Parce que la langue d'Annie Ernaux a la réputation d'être dépouillée, et qu'elle revendique elle-même dans le livre une « écriture plate »... alors que je la trouve au contraire foisonnante. Discrètement foisonnante, élégamment foisonnante, mais foisonnante : la polysémie des mots est utilisée jusqu'au bout. Celle de « la place », bien sûr. Mais laissez-vous aussi imprégner par les résonances avec « position », « situation », « culture »... Chaque mot compte, les phrases se répondent les unes aux autres dans tout le texte et composent une formidable musique.
  • Parce que comme Pierre Bourdieu, paysan béarnais et professeur au Collège de France, c'est une auteure perpétuellement entre deux mondes. C'est elle qui a écrit « Je me suis pliée au désir du monde où je vis, qui s'efforce de vous faire oublier les souvenirs du monde d'en bas comme si c'était quelque chose de mauvais goût », et lui qui a signé « La contradiction où me met le fait même de la consécration sociale heurte mon image de moi » dans son Esquisse pour une auto-analyse. Mais ça aurait pu être l'inverse.
  • Parce qu'on peut étudier son oeuvre en littérature, en linguistique, en sémiologie, en sociologie, en psychologie... cette oeuvre est transversale ; elle transcende les frontières entre disciplines. Dans notre siècle où les savoirs sont de plus en plus parcellisés, ça fait un bien fou !
  • Parce qu'elle a eu le prix Renaudot pour La place. Pour certains, un prix littéraire prestigieux suffit pour rendre un livre suspect et en décourager la lecture... alors quand on tient un contre-exemple, la surprise n'en est que meilleure !

L’ESSENTIEL EN 2 MINUTES

L'intrigue. Le père d'Annie Ernaux est mort en 1967. Quinze ans plus tard, elle raconte cette mort, puis sa vie, et la place déterminante qu'il occupe dans son économie psychique : « J'écris peut-être parce qu'on n'avait plus rien à se dire. » Voilà qui devrait puissamment parler à beaucoup d'entre nous...

Les personnages. Annie Ernaux, auteure française majeure. Son père et sa mère, petits commerçants qui ont voulu se sortir de leur condition de paysans et d'ouvriers. Son père : « Je ne t'ai jamais fait honte ». Sa mère : « Je vaux bien ces gens-là ». Si seulement c'était si simple...

Les lieux. Pas facile de parler du lieu ! Quand on vient de la Normandie rurale et ouvrière et qu'on a obtenu la reconnaissance des lieux parisiens les plus prestigieux, à quelle place se tient-on exactement ?

L'époque. Annie Ernaux est née en 1940 et son père, « quelques mois avant le vingtième siècle ». Quoique... « Quand je lis Proust ou Mauriac, je ne crois pas qu'ils évoquent le temps où mon père était enfant. Son cadre à lui c'est le Moyen Âge. »

L'auteur. Annie Ernaux. Une de nos plus grandes auteures vivantes. La place se lit comme un roman qui annoncerait la couleur : « Depuis peu, je sais que le roman est impossible ». Comment résister au plongeon dans une aussi délicieuse contradiction, puis toute son oeuvre ?

CE 2MIN’ A ÉTÉ PRÉPARÉ AVEC L'ENVIE DE REVENIR MOI AUSSI à MES ORIGINES par Marceline

Lectrice passionnée et éclectique, toujours à l'affût de mon prochain coup de coeur !

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