Les livres publiés

Dans le jardin de l'ogre

Leïla Slimani

Editions Gallimard

Mais guérir, c'est terrible aussi. C'est perdre quelque chose. Vous comprenez ?

- Leïla Slimani, "Dans le jardin de l'ogre" -

POURQUOI CHOISIR CE LIVRE ?

  • Parce que le titre est à lui seul un puissant support de rêve. J'ai attendu longtemps avant de lire le livre, tant son titre était à lui seul un inducteur suffisant de fantasmes... Un ogre peut-il avoir un jardin ? Certainement pas... ou oui, peut-être, mais alors, un jardin très excitant, celui des interdits, celui de la tentation, celui dont la fréquentation est en elle-même une transgression. Le jardin des terreurs enfantines, réinterprété pour les adultes... tout un programme.
  • Parce qu'avec ce sujet annoncé, la nymphomanie, c'est facile de s'attendre à des phrases comme « L'érotisme habillait tout. Il masquait la platitude, la vanité des choses. ». C'est facile pour l'éditeur de vendre le livre en déclarant qu'il « fait grimper la température ». C'est facile, et ça marche : on a envie de le lire, et on y trouve bien tout cela, érotisme et descriptions sexuelles explicites.
  • Parce que voyons, soyons sérieux. Facile, vraiment, ce livre ? En 2018, dans un monde post-Catherine Millet, réussir à choquer en décrivant les secrets de la vie sexuelle d'une femme, même par le menu, c'était un pari complètement fou, perdu d'avance... Donc s'il est réussi, ce n'est pour aucune des raisons que vous pouvez imaginer : aucune surenchère de pratiques hors normes. Par contre, la plongée dans les racines du mal-être d'Adèle s'avère choquante, ça oui. Croyez-moi... ou, mieux encore, vérifiez !
  • Parce que pour un livre présenté comme un texte qui « fait grimper la température », il nous prend par surprise en la faisant sacrément chuter au fur et à mesure que l'on devine les ressorts de la nymphomanie d'Adèle et la charge de souffrance qui lui est associée. L'auteure n'a reculé devant aucun indicible, même si elle a su le faire avec légèreté lorsque le degré de suffocation de la situation l'exigeait : c'est là, à ce point exact, qu'est l'acte de naissance d'un très grand écrivain.
  • Parce que Leïla Slimani a eu le Goncourt pour son roman suivant, mais je prends les paris : c'est au moins autant pour Dans le jardin de l'ogre qu'on le lui a décerné. Après tout, ne reculer devant aucun indicible, c'est aussi ce qu'elle a fait dans Chanson douce... Sous sa plume, les événements humains les plus dérangeants, pour impossibles à affronter dans la réalité qu'ils soient, méritent un regard d'artiste pour que nous puissions nous y confronter quand même et avoir une chance de les exorciser.

L’ESSENTIEL EN 2 MINUTES

L'intrigue. Adèle et Richard sont mariés, jeunes parents. Mais Adèle a un secret : elle ne peut jamais résister à la tentation de se rendre dans le jardin de l'ogre...

Les personnages. Les ogres ? Des créatures imaginaires, disproportionnées et dévorantes. Et ici ? Les ogres sont les hommes, créatures qui jouent dans le théâtre intérieur d'Adèle un rôle disproportionné et dévorant, dont elle a besoin pour que quelque chose hurle plus fort en elle que son enfance mutilante.

Les lieux. Si Paris est la ville des ogres, sera-t-il possible que la Normandie soit la campagne de l'innocence ?

L'époque. La nôtre : une époque où nous croyons avoir fait tomber tous les tabous, mais où cela ne nous rend que plus vulnérables à une lecture qui joue sur ceux que nous ne voulons pas voir, aux frontières troubles de l'enfance et de la mort.

L'auteur. Leïla Slimani. Inutile de la présenter, inutile de vous recommander de retenir son nom : depuis son prix Goncourt pour Chanson douce, il est déjà sur toutes les lèvres. Pour longtemps.

CE 2MIN’ A ÉTÉ PRÉPARÉ AVEC DES FRISSONS PARTOUT par Marceline

Lectrice passionnée et éclectique, toujours à l'affût de mon prochain coup de coeur !

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